Le récit de mon séjour

Mission Burundi du 9 septembre au 24 septembre 2018  / Eric Depreeuw

Table des matières

  1. La mission BOA et le programme des activités
  2. Le récit de mon séjour
  3. La communication et les réactions – La communauté des religieuses
  4. Observations techniques – Besoins formulés par les partenaires du Sud
  5. Conclusions

Appendice – Renseignements utiles : liste des noms, adresses etc. Un peu d’histoire – Conseils de voyage – Quelques considérations en prime

  1. – Mission BOA et aperçu des activités *

Depuis ses débuts, Blik op Afrika – BOA a le regard vers le Congo. En effet la plupart des missions et des projets BOA ont été réalisés en RDC, et les moyens financiers y ont été investis dans les mêmes proportions.

Il y a un an et demi, la Sœur Anastasie a rejoint la Sœur Vicky auprès de la communauté de Heverlee, de sorte que le Burundi y dispose d’une ambassadrice tout comme le Congo. Sœur Anastasie a longuement observé la façon de travailler de BOA avant de demander au Conseil d’administration s’il était possible de réaliser des projets au Burundi.

Le Conseil d’administration a pris cette demande en considération tout en soulignant que BOA n’avait aucune expérience au Burundi. Le danger existait que, sans exploration préalable, nous prenions le Congo comme point de référence. Vu l’étendue du continent africain, avec le Congo au centre et le Burundi à l’est, il n’est pas impensable qu’il faille prendre en compte des caractéristiques bien différentes lors de notre coopération. Le Conseil a décidé qu’une exploration sur place serait une étape indispensable avant d’entamer une collaboration fertile avec le Burundi. Soussigné a donc accepté avec plaisir de partir en mission du 9 au 24 septembre 2018. Voici un aperçu des activités exécutées dans le cadre de cette mission, au mieux de mes capacités.

Dimanche 9 septembre – atterrissage à Bujumbura vers 20.00 (même fuseau horaire qu’en Belgique)

Lundi 10 septembre

  • 10.30 – Entrevue avec le docteur Kash Karubara – Représentant de Médecins sans vacances en compagnie des Sœurs Adèle, Christine, Anastasie.
  • 14.30 – Visite à l’ambassade de Belgique de Bujumbura en compagnie des Sœurs Christine en Anastasie.
  • 15.30 – Exploration de Bujumbura (Lac Tanganyika / Monument du prince assassiné/ visite au Centre Spirituel des Pères Jésuites) – Père Jean-Pierre Nolf (82 ans)

Mardi 11 septembre

10.00 – Visite à Akamuri – Institut pour enfants à difficultés mentales ou physiques (Sr.  Marie, la psychologue Marcelline Hatungimana)

11.00 – Visite à l’Institut Saint Kizito – Institut pour enfants en prépondérance à restriction physique (Sr. Anne-Marie – Congrégation des Sœurs Berne Mukama)

Dans l’après-midi départ pour Ljenda – arrivée vers 17.00 hr.

Mercredi 12 septembre

Voyage dans l’intérieur où la Sœur Anastasie avait des affaires à régler avec le vicaire épiscopale de Kiganda. J’ai rendu visite au Mémorial de l’époque allemande et à l’Institut fondé par le Père Peter Verkest pour enfants à capacités restreintes.

Jeudi 13 septembre

10.00 – Visite à l’Ecole Fondamentale Virgo Sapiens – Directeur monsieur Gilbert Sabushimike

11.30 – Visite à l’Ecole post-fondamentale – Lycée – Directrice Sœur Dévote

Vendredi 14 septembre

9.00 Présentation de mon fichier PPT aux Médecins Chefs du département, aux Infirmiers spécialisés, aux Sœurs Adèle en Christelle.

10.00 – Visite guidée de l’hôpital  

11.30 – Visite au Centre de Santé

L’après-midi : accueil par les élèves du Lycée Lemi – bref discours

Samedi 15 septembre

10.00 – Visite à la source de Ljenda, de l’autre côté de la commune. Entretien avec l’abbéHerménégilde Nkurunziza de la paroisse, ses parents, sa belle-sœur.

L’après-midi : visite des étables et du potager de la Communauté religieuse (Sr Aline – économe et responsable de l’élevage et de l’agriculture – Autosuffisance)

16.00 – Présentation de mon fichier PPT devant les Sœurs  

Dimanche 16 septembre

7.45 – Messe à l’Eglise de la paroisse de Ljenda – jusqu’à 10.00, ensuite longues conversations à la porte de l’Eglise pour faire la connaissance  

Excursion à la Source du Nil + Pyramide + Eaux thermales.

Lundi 17 septembre

15.00 – Présentation de mon fichier PPT à quelques membres du Lycée Lemi (Lycée Etoile des Montagnes d’Ijenda établissement des sœurs Annonciades)

Mardi 18 septembre

10.00 – leçon d’anglais dans une quatrième fondamentale
11.00 – entretien avec les Sœurs Adèle et Jeanne racontant leurs œuvres et leurs idées concernant les enfants à difficultés et handicaps.
14.00 – Présentation de mon PPT aux enseignants et au directeur de l’Ecole fondamentale Virgo Sapiens
16.00 – Visite à la fabrique de thé à Ljenda

Mercredi 19 septembre

9.00 – Lycée – cours de psychologie de Jean-Marie
11.00 – cours d’entreprenariat
Tour des laboratoires de chimie et de physique
L’après-midi : Visite à l’internat (Sr Dévote)

Jeudi 20 septembre

Visite à la Paroisse de Buziracarda – Le prêtre Thomas Niragiratra – Plans pour le nouvel établissement des Sœurs à la demande du prêtre. L’hôpital du district sanitaire, accueil à la Commune, ensuite l’école, chant avec les élèves Alouette, gentille alouette…, toutes sortes de réalisations du prêtre Thomas et un repas en plein champ, sous la protection de deux gendarmes armés et de quelques membres de l’administration communale de Ndava et Provinciale de Mwaro.

Vendredi 21 septembre

9.00 – 11.00 :  échanges avec de élèves après cours de biologie
Laboratoires en compagnie des enseignants Gérard en Pascal
Cours d’anglais 7ème année (1ère post-fondamentale) – enseignant Célestin
16.00 – Veillée culturelle Lycée Lemi

Samedi 22 septembre

Visite aux marais sous la protection de Sœur Aline

10.00 – Entretien avec l’équipe du Centre de Psychothérapie IZERE à Bujumbura – Jean-Marie, Gaston, Janvière et Chantale

L’après-midi : visite à l’habitation de la première année du Noviciat et des Aspirantes (Sr Fanny) ensuite visite à l’installation informatique du Lycée

17.00 – Présentation des projets à la demande des responsables. Sr Dévote était empêchée. Sœurs Aline (Econome en agriculture – élevage) et Christelle étaient présentes. Le projet du captage d’eau a servi d’exemple.

Dimanche 23 septembre

10.00 – Messe au Lycée – jusqu’à 12.30 – bref discours adressé aux élèves – adieux

Retour à Bujumbura dans l’après-midi et envol pour la Belgique.

2 – Description des activités

  • Présentation Powerpoint – ‘Mission BOA’

Au total ma présentation PPT a été projetée quatre fois. Dans l’Ecole fondamentale une quinzaine d’enseignants et leur directeur y ont assisté, au Lycée trois membres du Conseil d’administration et la Sr Dévote, à l’hôpital une quinzaine de médecins et d’infirmiers, ainsi que la Sr Adèle, à la communauté des Annonciades environ 25 religieuses et leur Supérieure Sr Christine. Toutes les conversations après-coup ont été fort fertiles, même si j’ai l’impression que l’introduction des projets exigera encore un peu plus d’explications. J’espère que les responsables burundais seront à la hauteur et que les membres de l’équipe Enseignement de BOA-B aideront à rédiger les projets. Durant plus de deux heures j’ai instruit les Srs Aline et Christelle (voir plus loin la Partie 3 – Communication).

Lundi 10 septembre

  • 10.30 – entrevue avec le docteur Kash Karubara

Ce médecin a travaillé durant plusieurs années à Ljenda, c-à-d qu’il a conseillé et supervisé l’hôpital au nom de Médecins sans Vacances. Les Srs Adèle, Christine, Anastasie, et moi avons été bien accueillis.  Le docteur Karubara nous a expliqué que MsV a supporté l’hôpital de Ljenda dans le cadre de missions humanitaires, e.a. des missions de chirurgiens esthétiques européens. Parallèlement l’hôpital a mieux été pourvu en services techniques (appareillage et installation chirurgicales, maternité, pharmacie etc.). La gestion, l’organisation, l’hygiène ont fait l’objet d’une attention particulière. MsV s’est investi dans la formation, plutôt dans la formation des formateurs. Aujourd’hui encore la formation est une activité primordiale.

D’après le docteur Kash l’hôpital fait fonction de charnière entre la capitale et la partie rurale de la province Bujumbura, ce qui implique de graves difficultés financières. Il accueille d’une part les patients originaires de l’intérieur pauvre du pays, d’autre part les patients venant de la capitale, attirés par les frais moins élevés. Le gouvernement et/ou le district régule/nt les prix selon une convention bien établie, de sorte que l’hôpital est confronté à de graves problèmes financiers. Comme les patients d’autres districts ne peuvent être renvoyés, l’hôpital devient la victime de son propre succès.

Le personnel est mobile, ce qui signifie que les médecins et les infirmiers s’en vont s’ils obtiennent ailleurs un salaire plus élevé. Les organisations non gouvernementales sont les premières à dérégler le marché en offrant des salaires bien plus conséquents et des conditions de travail plus intéressantes.

Les affections les plus fréquentes sont les maladies aux poumons (en période de pluie), à l’estomac, l’arthrose, le bec-de-lièvre, les vers. Un très grand nombre de goîtres thyroïdiens est observé à Bujumbura même, pas à l’intérieur du pays.

Le Centre de Santé arrive en deuxième place. On y donne des consultations et il y a 60 lits pour femmes enceintes. Un système de mutualisation est organisé par l’Etat pour les démunis, mais dans les faits ce système est politisé et souvent des citoyens aisés en profitent grâce à  leur connivence avec certains politiciens. Parallèlement il existe un système d’assurances privées.

Le docteur Kash considère comme urgente l’installation d’un transformateur pouvant neutraliser les fluctuations du courant du réseau protégeant ainsi l’appareillage médical de l’hôpital. MsV ne prendra de décision dans ce cas précis qu’à la fin de cette année. Si MsV refuserait de subsidier le projet, l’hôpital demanderait à BOA d’y donner la priorité. Dans un deuxième temps, le docteur Kash souligne l’urgence de l’extension des activités autour d’enfants et d’adultes à difficultés : orientation, kinésithérapie, accompagnement orthopédagogique. La Sœur Mia aurait acquis une expérience tout individuelle dans ce domaine en RDC.

  • 14.30 – Visite à l’ambassade belge de Bujumbura

Ensuite et accompagné des Sœurs Christine et Anastasie, je me suis rendu à l’ambassade de Belgique. En l’absence de l’Ambassadeur (nom ?) nous avons eu un entretien avec son chargé d’affaires, monsieur Carlos Lietaer. Je lui ai décrit en détail l’action de BOA et le but de ma mission. Il faut dire que monsieur Lietaer n’était en fonction que depuis un mois à Bujumbura. Toutefois il a précisé que la coopération technique fonctionnait bien au Burundi, mais que le niveau politique coinçait suite au troisième mandat du Président Pierre Nkurunziza, à l’encontre de la Constitution, qui avait donné lieu à de sérieuses protestations de la part de la population burundaise en 2015-2016, protestations qui furent violemment réprimées. Il nous a décrit la population burundaise comme pauvre mais enthousiaste. Il nous a parlé aussi de l’explosion de la population (plus de 400 habitants par km²) ne cessant de croître malgré les tentatives du gouvernement à encourager la limitation de naissances.

En outre le Burundi fait face à un double problème de réfugiés : un demi-million de citoyens burundais se sont enfuis, trouvant refuge au Ruanda, tandis que plusieurs centaines de milliers de réfugiés venant du Ruanda et du Congo vivent aujourd’hui dans des camps au Burundi. Ces mouvements de population rendent la relation avec le Ruanda difficile. Une pression se fait sentir pour que les réfugiés rentrent, mais comment cela se fera-t-il ?

Enfin, monsieur Lietaer nous a conseillés de respecter les règles sociétales. Surtout à Bujumbura la présence de nombreux soldats et gendarmes armés d’une arme automatique saute aux yeux, même s’ils n’interpellent pas les citoyens, du moins à première vue.

  • 15.30 – Exploration de Bujumbura et du Lac Tanganyika

Le lac Tanganyika ne m’a pas fait l’impression promise à cause de la brume voilant la vue sur la chaîne montagneuse qui se dresse sur la rive congolaise.

Nous dépassons un monument national en mémoire d’un prince assassiné en 1961. L’épitaphe Ubumwe Ibikorwa Amajambere serait selon les sources officielles de l’internet la devise nationale du Burundi la traduction du Kirundi donnerait Unité, Travail, Progrès. Ensuite nous nous sommes dirigés vers le Centre Spirituel des Pères Jésuites, un complexe sublime couronnant la montagne qui domine Bujumbura. Nous y rencontrons le père Jean-Pierre Nolf, 82 ans, entouré de quelques collègues burundais. Nous apprenons ainsi que les Pères se consacrent aux réfugiés venant du Congo ainsi qu’aux concitoyens de retour du Ruanda.

Mardi 11 septembre

  • 10.00 – Visite à l’Institut Akamuri  (Petite Lumière)

Cet Institut pour enfants et adultes atteints de tout type de déficience est géré par la sœur Marie, une religieuse vietnamienne avec plus de 20 ans d’expérience, et par la psychologue Marcelline Hatungimana. L’Institut œuvre pour des conceptions progressistes concernant l’approche des personnes à traiter. Au cœur de son action il y a l’amour, le respect, et la volonté de valoriser le plus possible le potentiel des handicapés afin de lutter contre leur marginalisation : écouter ce qui ne se dit pas.

L’Institut s’engage dans la multitude des efforts. Ainsi il y a la réadaptation physique ciblant l’autonomie au niveau physique et mental. On y met en œuvre la multiplicité des objectifs pédagogiques, mais on s’y efforce aussi à l’intégration du sujet dans l’enseignement normal. Les jeunes à graves difficultés y apprennent les compétences professionnelles nécessaires à s’intégrer dans la vie sociétale burundaise, en leur apprend ainsi à nourrir des lapins, ramasser des œufs, fabriquer du savon, nettoyer les étables. Pour ce on fait appel à des pictogrammes tels qu’un dessin du lapin à nourrir, d’une assiette invitant à manger… On y travaille de façon intensive au contexte dans lequel ces jeunes devront s’intégrer. Ainsi des formations sont données aux chauffeurs de bus qui devront les transporter, des conseils aux familles afin de les aider à vaincre leur honte et d’oublier leurs préjugés, en effet souvent le handicap est vu comme une punition pour d’anciens méfaits. Des formations sont données aux familles pour qu’elles puissent collaborer à l’intégration. Des équipes mobiles recherchent activement les personnes à capacités restreintes dans les quartiers les plus démunis. Les écoles obtiennent de l’aide afin d’intégrer dans leur giron ces jeunes handicapés.

De plus on s’y occupe de la prévention des crises épileptiques en acquérant des médicaments très chers, de l’entraînement de la motricité fine, du traitement de l’autisme ou du syndrome de Down. Un dossier individuel a été constitué pour chaque résident, tous les trois mois les progrès sont évalués et discutés avec la famille. MsV a donné les formations nécessaires. Pas de logopédie, pas de déficiences visuelles ni auditives, pas de psychothérapie. L’ambiance dans l’institut semble très relaxe. Les enfants demandent et reçoivent de l’affection, les comportements gênants, par exemple l’intrusion pendant notre entrevue, sont corrigés avec douceur

  • 11.00 – Visite à l’Institut Saint Kizito

Cet Institut s’adresse surtout aux enfants à handicap physique dans le pays entier. La Sr Anne-Marie de la Congrégation des Sœurs Berne Mukama, nous accueille. La réadaptation physique et la rééducation occupent une place centrale.

Il y a un vaste atelier pour la confection de toute sorte d’appareillage de réadaptation comme béquilles, chaises roulantes, chaussures orthopédiques, le tout fait sur mesure et adapté au handicap individuel. Il y a internat et externat. Une rééducation normale revient à 15 000 francs burundais (environ 7,50 €) par trimestre. La loi prescrit que le non-paiement impliquera l’éloignement de l’établissement. L’école est fréquentée par 20% d’élèves sans handicap (inclusion), tableau qui choque quand ceux-ci courent gaîment derrière un ballon pendant que les autres 4/5 ont souvent de sérieux problèmes à se déplacer. Le traitement intensif est remboursé sous certaines conditions par l’Etat. Il y a une coopération limitée avec l’hôpital de Ljenda. Les enfants de passage à l’hôpital sont parfois envoyés à Saint-Kizito pour un traitement et reviennent dès qu’ils font des progrès. Il est remarquable combien d’enfants souffrent de pied-bot. Des jumelles étaient sous traitement depuis leurs deux ans. Jusqu’à leurs cinq ans, les fillettes se déplaçaient à genoux. Aujourd’hui elles ont onze ans et arrivent à se servir plus ou moins bien de béquilles. Ici aussi l’ambiance semble sympathique. L’approche y est multidisciplinaire, kinésithérapie, assistance sociale, éducateurs, techniciens… l’organisation a l’air excellente, il y a même des poubelles sur la grande cour.

L’après-midi voyage à Ljenda

Le voyage de Bujumbura à Ljenda se fait en voiture, soit celle des Sœurs soit celle de l’hôpital, et dure à peu près une heure pour une distance de 40 km. Une sorte de transport en commun est fourni par des petits bus privés pour de 8 à 20 passagers. La route principale est en excellent état, le chemin qui traverse Ljenda est un chemin de terre durci. Durant la saison sèche, cette route fait avaler beaucoup de poussière.

Mercredi 12 septembre

* Visite d’affaires des Sœurs au vicaire de Kiganda

Cette excursion à l’intérieur du pays où la Sœur Anastasie avait des affaires à régler avec le vicaire épiscolpale de Kiganda, n’avait aucun impact sur mon programme, à moins qu’elle me donne une idée de ce que représente l’intérieur du pays des terres. Selon moi, la rencontre avec le vicaire épiscopal s’est passée dans une certaine indifférence, voire même dans une froideur désagréable. Pendant l’entrevue entre la Sr Anastasie et le vicaire un séminariste m’a montré les environs. Il s’agit d’un site merveilleux, fondé par les Pères Blancs. J’ai eu l’occasion de visiter avec un intérêt grandissant un parc national commémorant la phase cruciale de la présence allemande (1854 – 1903, voir la Partie 3). Une fois encore on m’a montré un institut pour enfants à capacités restreintes, fondé par le Père Verkest. Et une fois de plus l’enthousiasme de l’engagement ne m’a pas échappé.   

Jeudi 13 septembre

  • 10.00 –Ecole Fondamentale Virgo Sapiens

Le directeur laïc, M. Gilbert Sabushimike, y travaille depuis cinq ans. Il enseigne encore de temps en temps, mais a débuté sa carrière d’instituteur en 1996. L’école compte 800 élèves, moitié garçons, moitié filles. Il y a un jardin d’enfants d’un peu plus de cent enfants, mais je n’ai pas vu cette section de près.

L’Ecole Fondamentale ou Ecofon compte 4 cycles : trois dans cette école-ci, et le 4ème cycle représentant l’Ecole post-fondamentale ou Post-Ecofon appartient au Lycée qui compte trois années scolaires. L’Examen d’Etat a été déplacé de la fin du 3ème cycle à la fin du 4ème.

Il est remarquable qu’en général le gouvernement a un impact direct et sensible sur l’enseignement. Il a été décidé que tous les enseignants de sexe masculin et les plus jeunes seraient déplacés à l’intérieur du pays, vers des parties moins accessibles. La conséquence de cette décision est que monsieur Gilbert est le seul homme parmi une quinzaine de femmes. Les élèves suivent les cours dans l’avant-midi, les élèves de 5 et 6èmes années sont obligés de rester jusqu’à 16.00 pour les protéger contre trop de distractions. Une surveillance plus ou moins stricte les incite à travailler pour l’école. Les enseignants sont interdits de gagner de l’argent en dehors de l’école.

En grandes lignes, le gouvernement a clairement une emprise efficace sur l’enseignement. Ainsi il a été décidé d’envoyer les enseignants de sexe masculin et d’un plus jeune âge dans l’intérieur du pays, dans les sites moins accessibles. Voilà pourquoi monsieur Gilbert est le seul homme parmi une quinzaine de femmes. Les élèves suivent les cours le matin, seules les 5 et 6èmes classes restent jusqu’à 16.00 afin de les protéger de trop de « distractions ». Ceux-ci étudient en présence de quelques surveillants. Les enseignants n’ont pas le droit de se faire des à-côtés pendant leur temps libre.

La formation des enseignants se ferait en deux cursus bien délimités : ou bien ils suivent la formation de l’école secondaire, ou bien celle de l’Ecole Normale Supérieure. J’ai entendu parler d’un Institut de Pédagogie appliquée, sans vraiment comprendre de quoi il s’agissait. Un instituteur de l’école fondamentale gagne 200 000 francs burundais ou 100 € par mois, cette somme peut varier selon l’ancienneté.  Je n’ai pas entendu de plaintes sur des versements de salaire différés ou irréguliers faits par le gouvernement ni sur le rôle de l’inspection. Officiellement il n’est pas question de recyclage des enseignants, exception faite pour une formation en informatique. Seulement l’école ne disposant pas d’internet, ces connaissances se sont évaporées. En théorie l’école fondamentale est gratuite, mais il y a les frais d’assurance et de sport qu’on essaie d’imposer, 2000 francs burundais, c-à-d 2 .

Il n’y a pas d’internat. Dans cette école aussi il est d’usage de renvoyer celui qui ne paie pas. Les élèves souffrant d’un handicap physique vont à l’école à Gitega, l’ancienne capitale, à moins qu’ils ne soient pas scolarisés du tout.

Une intervention remarquable de la part du gouvernement a été d’imposer l’apprentissage de quatre langues dès la première année : le Kirundi, langue maternelle de la plupart des familles, le français, la langue officielle du Burundi, l’anglais et le kiswahili, deux langues de l’Afrique de l’Est. Etant donné que la formation des enseignants aussi bien que l’enseignement supérieur se passent dans leur totalité en français, cette mesure pose les écoles devant d’énormes problèmes, e.a. le manque total de maîtrise des langues, à l’exception faite du français. Au parlement burundais l’opposition s’est fait sentir contre cette loi d’inspiration pan-Afrique de l’Est.

  •  11.30 – Visite à l’Ecole post-fondamentale – Lycée LEMI

La directrice en est la Sœur Dévote. Cette école située en face de l’école fondamentale (même route), compte 560 d’élèves, 85% de filles. La plus grande partie des filles, et seulement des filles, sont inscrites à l’internat, suite à la distance qui sépare l’école de leur domicile. Les garçons viennent tout naturellement des environs proches.

Trois sections : la chimie, la biologie, les sciences de la terre – CBT / Langues / Sciences Sociales et Humaines – SSH. L’informatique y est enseignée de façon systématique (Ubuntu) mais il n’y a pas d’enseignants spécialisés dans le domaine. Le nombre d’élèves diffère de 15 à 65 par classe. L’école a été construite début années 60 et sa conception grandiose étonne : elle dispose de grands locaux, de plusieurs salles spacieuses, d’une chapelle séparée, de laboratoires de physique, de chimie et d’un local TIC parfaitement équipé. Il y a deux bibliothèques ; celle de la non-fiction (manuels et livres d’études) et celle de la fiction, contenant pour la plupart des livres vieillis. L’école et les laboratoires en particulier donnent une impression de propreté et d’organisation remarquables. La propreté est notre nature ! Les élèves sont obligés d’aider dans l’entretien de l’école et de l’internat.

Les frais d’inscription s’élèvent à 7000 francs burundais (3.50€) pour les externes, à 43000 fB (21.50€) pour les internes, par trimestre chaque fois. Toutefois ici aussi on voit apparaître les frais d’assurances et de sport supplémentaires. Le gouvernement avait coutume d’intervenir dans ces extras, mais suite aux sanctions financières imposées pour des raisons politiques au pays, plusieurs allocations ont été réduites. C’est ainsi que l’électricité n’est plus remboursée et que seuls les frais d’internat des élèves de chimie-biologie-terre sont subsidiés. La conséquence en est que la population n’est plus constituée que d’enfants issus des classes moyennes. Plusieurs enseignants ont suivi une formation universitaire d’un niveau qualitatif pour autant que j’ai pu le constater, surtout à l’Université des Lacs de Bujumbura. Leurs salaires sont un rien plus élevés que ceux des instituteurs de l’école fondamentale. Depuis quelques années l’école est obligée de désigner ou de nommer un enseignant vacataire, un intérimaire. Il y a trois sessions de recyclage prévues par an, e.a. autour de l’accompagnement et l’encadrement des élèves.

Vendredi 14 septembre

  • 10.00 – Tour de l’hôpital

D’un pas bien décidé, la Sr Adèle m’ouvre son univers. Ce qui saute aux yeux une fois de plus est l’ordre et la netteté. Tout est sous contrôle et axé sur un fonctionnement efficace. L’influence de Médecins sans Vacances y est sans doute pour quelque chose. L’infrastructure aussi me semble performante (cf. les photos des espaces en question et des appareils). Selon MsV l’installation, l’hygiène, la formation, l’informatique et l’organisation/gestion sont d’une qualité satisfaisante. Le personnel est accessible et au moment où j’ai besoin de Wifi, j’ai toujours trouvé une personne prête à m’aider. Les patients circulent en toute sérénité. Il va de soi qu’une hospitalisation est une question familiale. Il y a des sections séparées pour hommes, femmes et enfants, chaque fois dans une salle pas trop vaste, les lits séparés par des rideaux. Les enfants hospitalisés souffrent la plupart du temps de paludisme. J’ai remarqué que les déchets de l’hôpital et du Centre de Santé sont incinérés dans des fours près de l’hôpital. Leur cheminée doit avoir une hauteur d’au moins cinq mètres, mais n’est pas muni d’un filtre ce qui, selon moi, provoque en grande quantité des retombées sans aucun doute nocives sur les bâtiments et leurs habitants.

  • 11.30 – Visite au Centre de Santé

De l’autre côté de la rue se trouve le Centre de Santé, qui s’occupe de la prévention. Aucun médecin n’y exerce, que des infirmiers moins spécialisés. Ils disposent d’un vélomoteur qui leur permet de visiter les communes des environs de Ljenda. Il y a une maternité de 60 lits. Il est évident qu’une collaboration est mise en place avec l’hôpital. A la question s’il existait des cas de VIH on m’a répondu affirmativement. Si les statistiques affichent un chiffre moins important (p.e. rapport Hôpital 2016 – Test rapide Normal 372 – Pathologique 15), cela dépend du lieu de l’enregistrement. Dans ce Centre de Santé l’enregistrement est ciblé (ponctuel ?) et les chiffres sont assez élevés. La rubrique des enfants handicapés se trouve plus loin, sous la date du mardi 18 septembre. L’hôpital ainsi que le Centre disposent d’un potager.

  • 16.00 Accueil par les élèves du Lycée Lemi

A la demande de la Sr Dévote j’ai tenu un petit discours en français, en saluant mon public d’un Amahoro, ce qui signifie « que la Paix soit avec vous ».  Ensuite tout s’est dit en Kirundi, langue originale du Burundi.

Samedi 15 septembre

* 10.00 – Visite à la source de Ljenda

Etant donné que l’approvisionnement en eau est d’une urgence prioritaire pour les écoles, l’hôpital et la communauté des Sœurs, nous sommes allés regarder la source. Elle se trouve de l’autre côté de la commune, à 1.8 km, distance mesurée en suivant la route. En fait il n’y a rien à voir, un jet d’eau qui s’écoule dans un petit ruisseau rempli de déchets… cf. les informations plus techniques dans la note de Jan Stevens. Un devis a été déposé d’un montant de 43.000 € (Ir. Niyongabo J. Bosco).

La source se trouve sur la propriété d’une famille, les parents d’un prêtre local. Ce que cet homme a réalisé, comme à l’intérieur d’ailleurs, est impressionnant. Il tient un bistro, en fait une salle familiale. Il cultive aussi des fleurs dans un but commercial, mais également comme exemple pour les villageois : autosuffisance ! Il me semble qu’une diversification des cultures est indispensable servant à renforcer l’économie.

  • L’après-midi : visite des étables et du jardin de la communauté religieuse. Comme l’Autosuffisance est un des soucis majeurs de la communauté de Heverlee et donc de BOA, j’ai à plusieurs reprises attaché de l’attention aux nombreuses activités dans le domaine de l’agriculture et de l’élevage. Soeur Aline, économe et responsable de l’élevage et de l’agriculture, me montre les étables du cloître et en souligne les points faibles. Les étables se situent près du clôture. La plupart des toits sont en amiante comme ceux des écoles. Plusieurs toits sont abîmés, d’autres parties semblent encore en état.  La construction des étables est assez solide, sauf le sol des porcheries et les murs de l’enclos sont fort amochés. Selon la Sœur les porcs morcellent les carreaux (note de l’auteur : par manque de vitamines ?).  Le maïs est stocké près des étables. Les vaches sont nourries de graminées de setaria, frais ou séché. Il y a encore un impressionnant potager de tomates et autres légumes. À un autre endroit, à l’arrière du cloître, s’étend un champ de légumes variés propices à ce climat modéré.

Le potager est entretenu par quelques jardiniers. Il y a suffisamment d’approvisionnement en eau.  La fertilisation du sol se fait par l’épandage de déjections animales. Aux quelques porcs et autres animaux de ferme, s’ajoutent quelques vaches et leurs veaux. La sœur voudrait croiser ses vaches avec une autre race afin d’obtenir une production de lait plus conséquente. En ce moment la traite ne donne que deux litres par vache par jour. Je pense que Sr Aline prendrait plaisir à suivre une formation bien ciblée dans le domaine de l’agriculture, de l’horticulture, des programmes d’élevage pour porcs et bétail.

  • 16.00 – Présentation de mon fichier PPT aux Sœurs

Après la présentation et les échanges, les bonbons caramel au chocolat Côte d’Or ont été fort appréciés. J’ai remis le projecteur à la Sr Christine au nom de Dirk, question de marquer le début de notre coopération.

Dimanche 16 septembre

7.45 – 10.00 Messe dans l’église paroissiale de Ljenda

Ensuite longues conversations au portail de l’église et excursion à la Source du Nil et à la Pyramide. Eaux thermales. Sans importance notable pour ma mission si ce n’est une découverte plus détaillée et plus approfondie de l’intérieur du pays et de la géographie et de l’histoire africaines. Sur la route du retour nous avons visité une ferme d’élevage assez importante.

Lundi 17 septembre

15.00 – Présentation de mon fichier PPT à quelques membres du Lycée LEMI (Lycée Etoile des Montagnes Ijenda)

Mardi 18 septembre

10.00 – Participation à un cours d’anglais dans la 4ème année de l’école fondamentale (Ecofon)

L’enseignante donne un cours sur The Town, à 65 enfants. Il y a un manque de manuels contenant un dessin primitif du panorama de la ville. Afin de regarder les images de “shop, bank, factory…” les élèves se mettent en groupe de six autour d’un manuel. Voici un argument contre la décision d’enseigner quatre langues à la fois : l’institutrice ne connaît pas un traître mot d’anglais et prononce dès lors fort mal la langue. Les élèves sont obligés de répéter à voix haute, en groupe ou individuellement. Chaque mot est expliqué rapidement en Kirundi. Ijenda est un village où les maisons n’ont pas d’étages, sauf l’école, et il est difficile dès lors de comprendre ce qu’est une ville.

11.00 – Enfants à handicap, âmes en difficulté

Entretien avec les Sœurs Adèle, Jeanne et Anastasie à propos de leurs actions et de leur vision sur les enfants à handicap. Il est difficile d’obtenir une vision claire de leurs attentes parce qu’il n’y a que peu à dire, que des besoins et des manques. Les problèmes les plus fréquents sont les jambes arquées, les pieds bot, l’ostéomyélite, les déformations génitales, les amputations à cause d’une maladie chronique etc.  les constatations sont souvent dues à un passage fortuit à l’hôpital à l’occasion d’une consultation de la personne même pour tout autre chose, ou même d’un membre de la famille. La Fondation néerlandaise Liliane a fait du beau travail dans le passé, mais elle a cessé son œuvre. Grâce à son soutien l’intégration des personnes handicapées entre 0 et 25 ans était facilitée, e.a. en rendant possible leur transport vers l’école, en donnant une « éducation sanitaire », rééducation totale si possible. La Fondation voulait que ces personnes soient aidées le plus possible au cœur de leur famille, exigence rendue impossible par la pauvreté l’incapacité des parents à faire face. Parfois une aide financière, venant même d’un milieu favorisé, s’avère impossible, quand un enfant naît sans membres ou qu’il est frappé de surdité et de cécité à la fois. A un moment donné le gouvernement burundais a voulu exercer une pression sur la Fondation de sorte que l’aide financière à été versée à l’Union des Personnes Handicapées Burundaises – UPHB. Le soutien que l’on transfère est insuffisant et arrive souvent trop tard. C’est la raison pour laquelle on a déjà contracté une dette de 3 millions de fB (1500€). Souvent on renonce à aider par manque de moyens. Récemment le gouvernement a pris des mesures visant à contrôler encore plus les ONG étrangères. Entre autres la 4ème mesure consistant à engager autant de Hutus que de Tutsis cause problèmes, spécialement parce que la population n’est pas d’accord non plus.

L’idéal serait de construire un complexe où il y aurait moyen de travailler aux soins, à la revalidation, à la scolarisation. Le but serait d’apporter de l’aide surplace, parce que le transport est parfois rendu impossible à cause de l’importance du handicap. La sensibilisation de la population (cf. les instituts Akamuri et Saint Kizito à Bujumbura). Un dépistage précoce est fondamental, plus tard celui-ci sera réalisé, plus difficile sera la revalidation. Le gouvernement proposerait son soutien, mais les critères utilisés me paraissent peu clairs. Toutefois cette piste n’est pas une priorité pour le gouvernement de sorte que les enfants à handicap se retrouvent dans la rue, où ils risquent de mourir.
Le Centre est perçu comme un internat prodiguant soins et enseignement. Les séances de kinésithérapie pourraient être remboursées si elles ont lieu à l’hôpital. Comme il s’agit en général d’enfants issus de familles pauvres, il y a un problème de crédit…

14.00 – Présentation de mon fichier PPT aux enseignants et au directeur de l’Ecofon Virgo Sapiens

Ensuite le directeur me fait faire le tour de l’école et m’en montre les défauts et les besoins. Beaucoup de toits sont en amiante. Les gouttières manquent et le captage d’eau de pluie laisse à désirer. Les toilettes des enseignants n’ont rien d’hygiénique, se trouvant dans un espace isolé et sombre. Autres demandes et besoins cf. Partie 4.

16.00 – Visite à une usine de thé à Ijenda

Ijenda est une région rurale, comme la plus grande partie du Burundi, où tout tourne autour de l’agriculture et l’élevage, avec comme difficultés l’insuffisance de la superficie, la surpopulation et le manque de rendement. C’est la raison pour laquelle Ijenda est si fier de sa fabrique de thé. 150 personnes y travaillent, en majorité une main-d’œuvre non scolarisée, sauf pour la section technique. Il ne s’agit certes pas d’une entreprise à haute technologie, mais après le déchargement manuel des camions la production se déroule de façon presque automatiquement. La production de thé est énergivore, c-à-d elle consomme trop de bois : environ 5 stères par tonne de thé avec une exportation des dizaines de milliers de tonnes de thé par an, à la foire du Kenya. Ce qui n’a pas d’importance pour notre action à moins que la déforestation et le reboisement deviennent un projet BOA.

Mercredi 19 septembre

* 9.00 – Lycée – Cours de psychologie 1ère année SSH

Le prof Jean-Marie a suivi un excellent formation en psychologie à l’université de Bujumbura. Il enseigne à 22 élèves la définition de la psychologie et la méthode scientifique de l’expériment. Les élèves manquent une fois de plus de manuels. Ils répondent en écho aux questions du prof, même si le cours est en partie inductif, sans exemple. Avec quelques-uns de ses collègues, Jean-Marie a fondé le Centre de thérapie d’Izere (signifiant Espoir) à Bujumbura (cf. samedi 22/9).

* 11.00 – La classe d’entreprenariat 3ème CBT

Inductive à son tour, la leçon ne me parle pas du tout. Conclusion « Qu’est-ce qu’un entrepreneur ? »  Réponse : « Quelqu’un qui réalise une amélioration dans la société ».

Visite aux laboratoires de chimie et de physique

Le prof Pascal me montre les laboratoires. Ils sont assez grands, bien entretenus et équipés de tables de travail au milieu et aux côtés. Le laboratoire de physique est muni de beaucoup d’appareils, tous rangés dans des armoires, même si certains ont l’air vieillots. Le laboratoire de chimie dispose de pas mal d’appareils, mais semble manquer de produits chimiques. S’y trouve aussi du matériel didactique de biologie. Il n’est pas clair si les élèves y effectuent des expériences.

* Dans l’après-midi – visite à l’internat

La sœur Dévote me guide à travers l’internat. L’étonnement me gagne.

Durant tout le trimestre les internes, rien que des filles, logent ici. Une fois par mois elles ont un droit de visite : elles partent pour Ijenda où elles rencontrent leur famille (de 14.00 à 17.00). Les dortoirs, de 60 à 100 lits soigneusement dressés l’un à côté de l’autre, en imposent. Les anciennes dorment à deux dans une chambre, la valise à sa place, le seau rangé. Chaque élève apporte un seau pour l’approvisionnement d’eau à une source de Ijenda, activité que ces jeunes filles font avec plaisir profitant ainsi d’un moment de liberté… dixit sœur Fanny. Une éducatrice passe la nuit avec elles. Les toilettes et les douches sont impeccables, les carafes d’eau potable couvrent les tables du réfectoire.

Jeudi 20 septembre

  • Visite à la paroisse de Buziracarda 

Cette paroisse, qui se trouve au cœur du pays, donne une bonne idée de ce qu’est une paroisse comme centre de développement régionale. Le Curé Thomas nous montre sa paroisse et les multiples réalisations qu’il y a entamées depuis un an.  Il donne l’impression d’associer la population à la vie paroissiale. Les travaux de transformation autour de l’église sont effectués bénévolement par les habitants. Pendant notre visite aussi, des hommes, chômeurs pour la plupart, sont en train de maçonner un mur. Des maçons professionnels donnent des instructions aux autres. Un centre de rencontre a été édifié dans lequel les habitants peuvent organiser des fêtes. Les paroissiens cultivent les terres en friche de la paroisse de sorte que ces terrains sont destinés à l’agriculture et à l’horticulture. Le Curé expérimente afin d’augmenter la productivité des cultures et met des lopins de terre à la disposition des paysans qui veulent essayer l’une et l’autre chose. L’évêché donne ces terres en consignation.

Nous sommes reçus par une délégation de la commune qui entretient une bonne relation avec la paroisse. D’autres visites se passent à l’hôpital local et au Centre Médical. Les composantes en semblent plus misérables qu’à Ijenda. C’est la campagne, la population y donne une impression plus démunie, d’ailleurs il y a beaucoup de chômage.

Le Curé tient des poules, des lapins, même des cochons d’Inde, et un peu de bétail. Dans un four impressionnant des formes en argile sont cuites de façon à obtenir des briques solides. Nous dépassons une école fondamentale catholique à côté d’une école secondaire communale. Ici aussi les enfants hésitent entre la peur du blanc et la curiosité. Les sœurs les stimulent à entamer avec moi « Alouette, gentille alouette, alouette je te plumerai ! », une fois qu’ils chantent, rien ni personne ne peut les arrêter.

Cette visite intéresse BOA dans la mesure où le Curé insiste depuis un temps pour que des sœurs  Annonciades viennent dans la paroisse y développer ses projets. La sœur Jacinta a elle aussi visité cet endroit, et selon la sœur Anastasie, elle a laissé la possibilité ouverte, même s’il n’y a pas trop de sœurs à Ljenda. La sœur Anastasie sait très bien ce qu’elle veut…

Même si le délégué de la commune affirme avec conviction que les environs sont sécurisés – il mentionne un centre météorologique en plein champ qui n’est pas surveillé, simplement entouré d’une clôture basse : « pas de barbarie ici » prétend-il – nous sommes surveillés durant notre pique-nique par deux gendarmes à l’arme automatique. D’ailleurs la sœur Anastasie n’aimerait pas que je me promène seul à Ijenda, certainement pas durant le weekend quand beaucoup de gens viennent en visite, arrivant de la campagne ou de Bujumbura, elle me déconseille même de traverser la rue après le coucher du soleil.

Vendredi 21 septembre

  • 9.00 – 11.00: cours de biologie 2ème  année  

La leçon porte sur les infections bactériennes. Même remarque que pour le cours de psychologie, le niveau est bon, mais trop théorique. L’emploi d’images ferait des merveilles. Les élèves sont invités à donner des exemples, ce qu’ils font (révision de la leçon précédente ?), ils recherchent la réponse dans leur cahier et la lisent à voix haute, sans aucune illustration concrète du mécanisme d’invasion des bactéries. L’enseignant encourage plusieurs fois ses élèves à parler plus fort, devant le tableau ils doivent venir répéter de plus en plus fort ce que le groupe a trouvé comme réponse. Cependant le sujet du cours sera élaboré dans les détails : Quel est le critère du classement ? Quel est le mécanisme d’une attaque bactérienne ? Mode de transmission, symptômes, agents causaux…. Mais là aussi, la méthode reste inductive, pas d’applications. Au-delà de toute attente et ce pendant une demi-heure, les élèves me retiennent avec des questions très intéressantes sur la psychologie : Peut-on lire dans les pensées ? Peut-on guérir les maladies mentales ? Quelle profession pouvez-vous exercer en tant que psychologue ? Cette conversation est très agréable et m’amuse beaucoup. Dans la cour de récréation, deux jeunes filles sont invitées à me rejoindre. Elles sont considérées comme ” très intelligentes ” et veulent étudier la médecine.

  • 11.00 Cours d’anglais – 1ère année de Post Ecofon

Impression totalement différente que celle du dernier cours d’anglais. La maîtrise et la prononciation de l’anglais de Célestin, l’enseignant, sont excellentes. Il fait répéter des phrases par les élèves, les corrige, et emploie son portable pour faire entendre, par le biais d’une application, la prononciation exacte. Il s’agit de l’alimentation : boissons, confiserie, viande, poisson, etc. Les élèves semblent connaître pas mal de vocabulaire. Influence du milieu familial, de l’internet, des leçons précédentes ?

  • 16.00 ou 17.00? Veillée LEMI

Au moment où les enseignants, la direction et moi-même faisons notre entrée, des applaudissements et des acclamations retentissent, dans une véritable ambiance d’ados libérés. Cela se dégage aussi du spectacle préparé par les élèves : danses traditionnelles et contemporaines, sketchs sur la vie scolaire se gaussant de l’égocentrisme des plus intelligents vis-à-vis des moins doués, et déclamation de poèmes anglais. Le thème de l’année tourne autour de la compétitivité et de la solidarité, ce qui me semble être une synthèse de la mentalité burundaise…

Samedi 22 septembre

* Visite aux marais

Sr Aline me mène le long d’une pente abrupte vers les marais. La plus grande partie du Burundi est formée de collines au sommet aplati et entre chacune se cache une vallée où ruisselle de l’eau. C’est dans ce biotope que vit le moustique vecteur de la malaria, surtout actif en saison de pluie.  Les Burundais y cultivent des légumes, des pommes de terre, et du maïs, de l’herbe pour le fourrage, mais encore des arbres eucalyptus pour la production de bois.

Il y a l’érosion des terrains, et la tension entre les fermiers et les bergers. La nuit les bergers venant des villages, laissent paître leurs quelques vaches et chèvres qui se régalent des plants que les fermiers ont plantés le jour. Il est étrange que ma proposition de travailler avec une brouette n’emporte aucun succès. Cela s’explique en partie par la qualité médiocre des brouettes chinoises, caduques en un an. Seulement le long de la route des hommes et des femmes, avec ou sans bicyclette, marchent des lourdes charges sur la tête ou les épaules…pourquoi pas trouver un autre moyen de transport qui ne causerait pas les dommages physiques encourus ainsi ? J’apprends que le mouton symbolise la prospérité et la fertilité, p.ex. en tant que dot, tandis que la chèvre n’est pas vraiment appréciée, uniquement sous forme de brochettes bbc. Cependant ces animaux valent de 50 000 fB (25€) pour un chevreau à 100€ pour une chèvre adulte.

* 10.00 – Entretien avec l’équipe du Centre psychothérapeutique IZERE

Après la leçon le prof de psychologie, Jean-Marie Ntacobakimvuna, m’a parlé du Centre thérapeutique qu’il a fondé ensemble avec quelques collègues à Bujumbura. Le samedi matin ces collègues, Gaston, médecin, Janvière et Chantale, tous les deux psychologues, nous ont fait le plaisir de venir jusqu’à Ijenda et nous nous y sommes entretenus de leurs besoins et de leurs projets. ils ont eu une formation en thérapie de comportement. Ils ciblent la gamme habituelle des problèmes psychiques, avec une attention toute particulière pour le stress posttraumatique. Cela ne doit étonner personne dans un pays où les conflits violents ne manquent pas. Ceci n’entre pas dans le centre d’intérêt de BOA, selon moi, mais il se peut que nous puissions trouver d’autres voies pour parvenir à une collaboration.

  • L’après-midi : visite à l’habitation de la 1ère année de Noviciat et des Aspirantes

Sr Fanny me montre les pièces séparées des novices (1ère année) et des sœurs aspirantes. Je trouve remarquable qu’il y ait des potagers, des chapelles, des salles de méditation et ainsi de suite. Les novices de 2ème année font leur stage à Bujumbura.

  • 15.00 – la classe TIC au Lycée

Une fondation italienne a installé des ordinateurs au Burundi, et le Lycée de Ijenda n’a pas été oublié. La seule condition à remplir, c’était que la popu-lation locale puisse y suivre une formation gratuite. La classe d’informatique fait une sacrée impression : un grand écran et dix ordinateurs par local. Pour autant que j’ai pu voir, un câble a été connecté par une firme de télécommunication. Sr Fanny semble être à la hauteur. Parallèlement aux programmes de Office, il y a Ubuntu. En quelle mesure les élèves y ont cours, à quelle fréquence la classe est utilisée, à combien revient  un abonnement, s’il y a des besoins de formation, toutes des questions restent sans réponse.

Entre-temps les élèves se promènent à l’aise, visiblement détendus, certains couchés dans l’herbe. Il y aurait des activités d’animation, les élèves formeraient e.a. un petit orchestre. Sr Fanny demande si nous pourrions l’aider à enregistrer un disque. Le projet d’éducation à l’image les intéresse, surtout des films seraient accueillis avec enthousiasme.

  • 17.00 De plus amples explications sur l’introduction d’un projet.

A la demande expresse des responsables, nous avons regardé de plus près l’élaboration d’un appel à projet. Les sœurs Aline (économe et responsable agriculture et élevage) et Christelle (hôpital) étaient présentes. La sœur Dévote était excusée. Le projet aquatique a été proposé en exemple avec le formulaire à projet comme fil rouge.

Dimanche 23 septembre

De 10.00 à 12.30 – Messe au Lycée

A la prière de la sœur Dévote, j’ai tenu en fin de messe un court discours devant les élèves dans lequel j’ai exprimé ma gratitude pour l’accueil chaleureux et appelé les élèves à s’engager corps et âme pour l’avenir de leur pays.

Retour à Bujumbura dans l’après-midi et vol de retour vers la Belgique.

3 – Echanges et priorités

Constatation remarquable : la langue française est beaucoup moins intégrée au Burundi qu’en RDC. Beaucoup de Burundais ne parlent pas le français, même les jeunes. Il est normal d’employer la langue nationale, le kirundi. Peu de personnes maîtrisent l’anglais ou le kiswahili. Il n’est pas clair comment cela évoluera à l’avenir. Le Burundi fait partie de la Communauté de l’Afrique de l’Est (aux côtés du Ruanda, de l’Ouganda, de la Tanzanie et du Kenya), communauté où les langues les plus parlées sont le kiswahili et l’anglais. C’est une des raisons pour lesquelles le gouvernement a imposé un enseignement en quatre langues dès la première année primaire (cf. plus loin).

J’ai l’impression que les Burundais vivent de façon un rien plus intravertie en comparaison avec leurs voisins de l’autre rive du lac Tanganyika. J’ai constaté que personne ne m’a demandé de l’aide pour résoudre des difficultés personnelles, pas pour soi, ni pour la famille.

La Sr Anastasie a géré mon agenda de façon dynamique et directive. Elle m’a donné des conseils très adéquats, p.ex. à propos de mon style vestimentaire ou des sujets à éviter. C’était certainement le cas dans la distinction entre Hutus et Tutsis, différence qui n’est pas visible dans la vie de tous les jours et neutralisée à la moindre remarque. A certains moments j’ai eu le conseil de donner le moins de renseignements possibles à mon sujet. « Mon nom est Éric », rien de plus, même pas Belgique ni motivation de ma visite. Sr Anastasie m’a aidé à entretenir une communication ferme au sein de la Communauté. Elle a souligné à plusieurs reprises qu’une quarantaine de laïcs se jettent dans leur engagement, une instigation pour les sœurs Annonciades du Burundi.

Ni les enfants ni les jeunes n’ont l’habitude de voir un blanc. Ils balancent entre la peur et la curiosité. La présence des sœurs les rassure. Les photographier leur semble naturel à condition qu’une religieuse se trouve à leur côté, des femmes comme des enfants. Les femmes sont habillées de jolis pagnes. Un dimanche matin, avant la messe, j’ai vu une procession d’hommes merveilleusement habillés, et de femmes drapées dans une myriade de couleurs.

Dans mes quatre présentations PPT, comme dans d’autres entretiens, j’ai accentué les priorités imposées par BOA. Vous retrouvez ces différents accents dans le fichier de ma présentation. J’ai encouragé les intéressés à opter pour des projets durables. Je leur ai conseillé d’élaborer un appel à projet en détail avant de nous le confier. Au moment de l’exécution comme de la finition, il faut une communication transparente entre les différents partenaires et des résultats tangibles. Même le suivi de chaque projet a été discuté. Nous avons incité les candidats à prendre contact avec la ou les équipes BOA impliquées avant d’introduire définitivement le projet. Les termes de coopération et de soutien emportent la préférence sur celui d’aide, il s’agit de partager la responsabilité en fonction de l’émancipation réciproque. A la demande des sœurs Aline, Christine et Dévote, responsables agriculture – élevage, santé et enseignement, un avant-midi a été libéré pour développer le projet de l’approvisionnement d’eau sous forme de modèle de travail. Je regrette que la sœur Dévote n’y ait pas pu participer.

  • – Remarques techniques – besoins de nos partenaires burundais.

Enseignement

Ecofon Virgo  Sapiens

M. Gilbert veut remplacer les toits en amiante à cause des risques pour la santé. Il demande de prévoir des gouttières et des citernes de sorte que l’eau de pluie soit captée. Il aurait aimé voir aussi – tout au long de son bureau et de la bibliothèque, sur toute la longueur du bâtiment, un abri empêchant la pluie de s’introduire par les portes battantes ou de doucher toute personne attendant qu’on lui ouvre.

Est-il possible d’installer l’internet à l’école fondamentale à partir du Lycée tout proche sans trop de frais ? Les instituteurs ont reçu une formation élémentaire par le biais du Lycée, mais à cause du manque de pratique, il n’en reste plus grand-chose. Les toilettes des enseignants laissent sérieusement à désirer, au niveau de l’hygiène comme du confort (voir photo).

Les enseignants qui sans crier gare sont obligés d’enseigner le kiswahili et l’anglais ont besoin d’aide !

Besoins de toutes sortes de livres, manuels et autres, matériel de sports, photocopieuse etc. L’éducation à l’image améliorerait certainement la didactique.

Le directeur demande de suivre des stages en Belgique. Il faudrait un accompagnement des élèves, au moins au sujet de stress et de trac d’examen, de motivation et de troubles d’apprentissage.

Lycée LEMI

Il y a des activités à l’internat : j’ai assisté à une veillée, avec des danses traditionnelles ét modernes, sur laquelle les garçons dansent beaucoup plus qu’il n’est usage dans nos contrées, du chant, des sketchs et la déclamation de poèmes anglais à la clé. Il y a une demande d’enregistrement d’un disque de musique composée par les élèves.

Il y a pas mal de travail sur la planche à condition que les internes soient bien accompagnées, ce que j’ignore. Vivant tout le trimestre à l’école, les internes ont le temps de concocter l’une ou l’autre chose.

Equipement sportif.

Education à l’image – pareil à l’école fondamentale.

Support des cours de sciences, actualisation des laboratoires. Les laboratoires sont spacieux et bien entretenus. J’ai l’impression que le matériel, aussi bien en physique qu’en chimie, est dépassé. L’apport de notre équipe de sciences pourrait relever sensiblement le niveau. Étant donné qu’aucun enseignant n’a suivi la présentation (la Sr Dévote a invité un groupe restreint sans vouloir y intégrer les enseignants), ceux-ci n’ont été mis au courant qu’à travers nos entretiens personnels. En tout cas les coffres multimédias ont suscité un vif intérêt. Je suppose que tout ceci ne se traduira qu’en projets que lorsque Dirk et/ou d’autres collègues du projet Georges Tibau auront été sur place. Demandes de stage en Belgique.

Hôpital et Centre de Santé

D’après l’évaluation de Médecins sans vacances (et sur base de mon observation non experte) l’hôpital fonctionne à un niveau plus que suffisant question infrastructure technique, formations, organisation, soins en général. Une visite d’experts médicaux devra évaluer quelle plus-value BOA peut signifier. La Sr Adèle me semble être une intermédiaire précieuse pour contacter le corps médical. Un transformateur – stabilisateur comme sécurisation de l’appareillage contre les changements du débit du réseau d’électricité. Il a fallu en discuter avec MsV, mais rien n’a été décidé jusqu’à présent. BOA sera tenu au courant.

J’ai  constaté qu’il est urgent de trouver une solution aux fours incinérateurs polluant dangereusement les environs immédiats de l’hôpital et du Centre.

Pendant la saison sèche un manque d’eau se fait sentir. Demande de citernes pour le captage d’eau de pluie. Il est urgent de collecter en plus grande quantité l’eau du robinet pendant la nuit, pendant la journée il n’y a pratiquement pas d’eau courante.

L’ambulance dont disposait l’hôpital a été réquisitionnée par des instances politiques et envoyée dans un autre district. Il faudrait une nouvelle ambulance. Collaboration avec un hôpital de référence en Belgique.

Vêtements avec logo de BOA : aujourd’hui bien des blouses blanches arborent comme logo UZ Gent.

Projet autour de l’accueil, du traitement et de la scolarisation d’enfants et de jeunes handicapés

La Sr Adèle en rêve. Avant de nous y atteler il faudra écrire un rapport détaillé dans lequel chaque aspect de la question sera étudié. Il est bien trop tôt d’après moi pour chercher un parrainage potentiel. Dans une phase prochaine nous pourrons tenir compte des critères financiers à utiliser.

Autosuffisance

La formation de la sœur Aline semble représenter un énorme avantage pour le tout. Je lui ai dit qu’elle devrait décider elle-même où et comment elle réaliserait son rêve à elle. Plusieurs toits des étables et porcheries doivent être remplacés. D’une part il y a le danger de l’amiante, d’autre part certaines parties sont endommagées, cassées ou trouées. D’autres parties sont encore en bon état. J’ai insisté sur la mise en phases d’un éventuel projet.

Les porcs ont fort endommagé les sols et les murs de l’annexe. La Sr Aline demande un sol et un mur neufs. Je me demande si ce travail ne peut être effectué sur place par les ouvriers des sœurs qui sont nombreux et qui pourraient effectuer la restauration sans trop de problèmes.

5 – Conclusion générale

Étant donné que les différences avec nos partenaires congolais sautent aux yeux, elles sont confirmées d’ailleurs par plus d’un observateur, cette mission se voit amplement justifiée. Généralement parlant, et cette conclusion est confirmée par des personnes à l’expérience plus vaste que la mienne, le Burundi se trouve dans une situation plus prospère, sans tenir compte du contexte politique. Il y règne une discipline qui s’exprime dans divers aspects de la vie publique, dans les écoles comme à l’hôpital. La vie est clairement plus ou moins organisée et la population semble respecter cette organisation.

Blik op Afrika devra s’adapter à la réalité du Burundi et ne pas y projeter des idées conçues au Congo. Il coule de source que la coopération commencera avec les projets tels qu’ils seront introduits par ce nouveau partenaire africain. À plusieurs reprises j’ai mis les Sœurs en garde contre des attentes mirobolantes et demandé d’échelonner les projets selon leur priorité. Il faudra tout un délai d’apprentissage avant de pouvoir fixer ces priorités et de les élaborer en projets concrets.

Conclusion : le Burundi est un partenaire valable avec des personnes enthousiastes, un potentiel immense, une collaboration à lancer et à développer !

Un brin d’histoire – Conseils de voyage – Remarques générales en annexe

D’après les renseignements que j’ai pu obtenir, les Burundais n’ont pas été gâtés par leurs colonisateurs. En 1884 la Deutsch Ostafrikanische Gesellschaft a parcouru l’est du continent africain, tout comme Stanley le faisait dans le centre et l’ouest de l’Afrique pour Léopold II. Bismarck supportait cette mission dans le but de fonder Deutsch Ostafrika. Les rois locaux ont signé des contrats rédigés en allemand et ont cédé sans le comprendre leurs terres. En 1903 la trahison a été consommée et le colonisateur allemand a dévoilé son intention de transformer la contrée en territoire allemand, sans aucune autonomie. Après une révolte contre le régime allemand, la punition a été féroce. Le Roi du Burundi a été forcé d’abattre 454 vaches, alors que la vache était considérée comme un animal sacré. Au cœur du pays le monument national de Kiganda en témoigne encore et toujours. Des représentations montrent le roi drapé dans des tissus ornés de la queue, de la peau, des cornes de la vache. Le tambour est encore aujourd’hui un symbole national.

 Après la défaite de l’Allemagne en 1918 s’est formé petit à petit l’Union des Nations qui a désigné le Burundi en tant que protectorat à la Belgique. Le protectorat catégorie B impliquait que le pays soi-disant développé aidait le pays désigné comme protectorat à acquérir son autonomie. La Belgique a commencé par prendre ce rôle au sérieux et a respecté les structures politiques. Dans les années vingt les dirigeants locaux, les princes ont été accusés d’être des collaborateurs du régime ainsi instauré de sorte que la population a perdu toute confiance en eux. Les autorités belges ont repris peu à peu le pouvoir en mains tant est que le Burundi et le Ruanda sont devenus en fait des colonies. Une complicité est née entre les princes et l’élite tutsie. Celle-ci l’emportait sur la population hutue et cette discrimination se retrouve dans des documents administratifs de l’époque, ce qui a aggravé les conflits ethniques ultérieurs et les explosions de violence consécutives. L’indépendance a été déclarée en 1962. Lorsqu’il est question de la guerre, il s’agit surtout d’une guerre de domination politique et les tensions ethniques sont un moyen plus qu’un objectif. La grande guerre a duré de 1993 à 2004. Elle a été plus ou moins terminée par les accords d’Arusha.

Le Burundi est un petit pays selon les normes africaines, ne compte qu’environ 11 millions d’habitants et a une densité supranormale avec une natalité en pleine expansion. Cela ne se dirait pas à première vue. Le pays est parsemé de petits champs avec ci et là une hutte ou un modèle amélioré. Les Burundais mettent en garde contre l’impression erronée : dans chaque habitation ne vivent pas moins de dix personnes. Officiellement il y a une politique de limitation de naissances et celle-ci est soutenue jusqu’à un certain degré par l’église catholique, mais en pratique les familles de paysan ou de berger ont beaucoup d’enfants.

Le Burundi est un pays à deux fleuves, d’un côté le bassin du Nil, de l’autre celui du fleuve Congo. Sur certaines collines on voit les bassins de ces cours d’eau s’étendre de deux côtés opposés. D’après des statistiques officielles le Burundi appartient aux dix pays les plus pauvres. Cependant personne ne m’a demandé de l’argent ni de faveurs. J’ai senti la fierté de ces gens. On y attache peu d’importance au fait que je vienne de Belgique, on note le fait en passant à l’agenda du jour. A première vue on attache peu d’importance aux titres : monsieur sans plus.

Bujumbura et Ljenda certainement, se font remarquer par leur organisation. A Bujumbura des soldats ou des gendarmes à l’arme automatique parcourent les rues. Cependant je n’ai jamais été témoin d’interpellations, ni d’arrestations. A Ljenda on voit de temps en temps un agent ou un gardien de la paix mais sans arme automatique. Nous avons été contrôlés une dizaine de fois par des policiers. Cela ne m’a jamais dérangé, un coup d’œil, un papier à montrer, et on nous laissait passer. Aucun regard malveillant sur le blanc dans le véhicule. Les routes sont carrossables, avec de temps en temps un trottoir pour les nombreux piétons qui portent leur charge sur la tête ou les épaules. Ljenda est traversée par un chemin de terre durci, un rien pénible à faire à pied. S’il fait sec, le piéton avale beaucoup de poussière à cause du passage de voitures.

Avant mon séjour des feux de circulation avaient été placés à Bujumbura : ceux-ci sont respectés la plupart du temps. Dans la capitale les constructions se succèdent. Il y règne une activité économique intense. Il y a peu de déchets, c’est le cas pour Ljenda aussi. « La propreté et l’ordre sont notre deuxième nature », disent les Burundais.

Ljenda se trouve à une heure de route de Bujumbura. Avant ces sites appartenaient à une seule province, maintenant à deux : Bujumbura Capitale et Bujumbura Rurale. Cette heure de trajet signifie faire une ascension de 700 m. à 2200 m. La température s’en ressent, Bujumbura connaît un climat tropical, tandis que dans les hauteurs règne un climat automnal et agréable, le soir il y fait frais, à mon goût pas froid. Au contraire les Burundais préfèrent mettre des chandails en grosse laine et trouvent qu’il y fait froid.

N’oubliez pas d’adapter l’itinérance en insérant une carte Sim locale dans le portable ou en éteignant le Mobile Dating sur votre appareil. De l’avoir oublié m’a coûté seulement

50 €, heureusement Telenet avait coupé automatiquement mon Mobile Dating.

A Ljenda il faut s’habituer aux heures d’arrivée de l’eau : entre 21.00 et un moment variable de la nuit. Il est à conseiller de remplir un tonneau en y déversant au bon moment d’innombrables seaux d’eau. Cela devrait suffire pour le bain du lendemain, le toilettage et le rinçage de la cuve WC. Les Sœurs ont prévu un chauffe-eau permettant de réchauffer décemment un seau d’eau froide pour sa toilette intime.

Le programme et l’horaire sont en légère contradiction avec l’ordre, l’hygiène et la discipline. Un départ en voiture ou un début de fête scolaire peut facilement être retardé d’une heure ou plus.  

Un dernier conseil : au Burundi mieux vaut regarder de quel côté on monte dans une voiture. Un grand nombre d’autos ont le volant à droite, même si on conduit à droite. C’est une conséquence du boycott d’il y a quelques années. L’Occident ne voulant plus livrer de voitures, on les commandait à Dubai où la conduite se fait à gauche et le volant se trouve donc à droite ?

20 – 10 – 2018